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Que signifie « ou bien Dieu est tout, ou bien Il n’est rien » à sa place ?

En bref :

  • La phrase se trouve à la page 53 du Gros Livre, au chapitre 4, « Nous, les agnostiques », un chapitre écrit dans la voix de membres qui se croyaient athées ou agnostiques, pour des lecteurs qui le sont encore (p. 44, 53).
  • À sa place, elle décrit le choix que les auteurs disent avoir affronté une fois l’alcoolisme venu à bout d’eux : « Dieu existe ou Il n’existe pas. Quel allait être notre choix ? » (p. 53) Le livre la présente bien comme une question qu’on ne pouvait pas esquiver, et il soutient que croire est plus raisonnable que de s’en tenir à « Nous ne savons pas » (p. 53).
  • Le même chapitre dit à quel point le début peut être modeste. La bonne volonté de croire en une Puissance supérieure à soi-même suffit pour commencer (p. 46–47), et « nous parlons de votre propre conception de Dieu » (p. 47). L’alternative porte sur le fait que Dieu existe ou non, pas sur l’idée de Dieu qu’il faut accepter.
  • Le contexte complique donc la lecture de la phrase comme un ultimatum. Le choix est réel et net dans le livre. Mais c’est le récit que font les auteurs de leur propre tournant, argumenté longuement, dans un chapitre qui ne demande au départ que la bonne volonté.

Le paragraphe

La page 53 commence par faire l’éloge de la raison : « La logique, c’est formidable. Nous l’aimions. Nous l’aimons toujours. » (p. 53) Le pouvoir de raisonner est « l’un des attributs magnifiques de l’homme » (p. 53). Les auteurs, « d’inclination agnostique », ne se seraient pas contentés d’une proposition qu’on ne pouvait pas aborder raisonnablement ; ils entreprennent donc d’expliquer « pourquoi nous pensons qu’il est plus sensé et plus logique de croire que de ne pas croire » (p. 53). Ils qualifient de « mou et vaseux » leur vieille habitude de lever les bras en disant qu’ils ne savaient pas (p. 53).

Puis la phrase. Quand ils sont devenus alcooliques, écrasés par une crise qu’ils ne pouvaient ni reporter ni éviter, ils ont dû affronter « la proposition selon laquelle ou bien Dieu est tout, ou bien Il n’est rien » (p. 53). « Arrivés à ce point, nous étions carrément confrontés à la question de la foi. » (p. 53)

Les paragraphes suivants décrivent ce que cela leur a fait : - Le pont. Certains avaient « marché loin sur le Pont de la Raison vers la rive désirée de la foi » (p. 53), et étaient reconnaissants que la raison les ait menés si loin, mais « d’une façon ou d’une autre, nous ne pouvions pas tout à fait débarquer » (p. 53). - La foi depuis toujours. Ils ont vu qu’ils avaient déjà vécu par une sorte de foi : la foi en leur propre raisonnement (p. 53–54), et le culte de personnes, d’argent, d’eux-mêmes ou d’un coucher de soleil (p. 54). « Nous avons donc vu que la raison n’est pas tout. » (p. 54) - Où ils ont regardé. Ils en sont venus à voir que la foi en une sorte de Dieu faisait partie de leur constitution, et que « Nous avons trouvé la Grande Réalité tout au fond de nous-mêmes. » (p. 55) - Débarquer. Le chapitre se termine par l’histoire d’un fils de pasteur qui se croyait athée ; après la pensée « De quel droit affirmer qu’il n’y a pas de Dieu ? » (p. 56), « Il avait sauté du pont à la rive. » (p. 56)

Ce que le chapitre demande au départ

Plus tôt, le chapitre place la porte d’entrée bas : - Ils ont commencé à obtenir des résultats dès qu’ils ont pu mettre de côté leurs préjugés et exprimer « ne serait-ce qu’une volonté de croire en une Puissance supérieure à nous-mêmes » (p. 46), même si aucun d’eux ne pouvait définir pleinement cette Puissance (p. 46). - « Notre propre conception, aussi inadéquate soit-elle, suffisait pour faire la démarche et établir un contact avec Lui. » (p. 46) - « Quand donc nous vous parlons de Dieu, nous parlons de votre propre conception de Dieu. » (p. 47) - La seule question à se poser : « Est-ce que je crois maintenant, ou suis-je même prêt à croire, qu’il existe une Puissance supérieure à moi-même ? » (p. 47) - Les conceptions différentes dans les histoires personnelles « sont des questions que chacun doit régler pour soi-même » (p. 50).

Lire le tout

Les deux choses sont dans le texte, et une lecture équitable garde les deux. Le passage n’est pas tendre : il dit que la question devait être affrontée, il traite « Nous ne savons pas » comme un endroit que les auteurs ont quitté, et le chapitre plaide pour la croyance dans les trois pages qui suivent. Ce n’est pas non plus une exigence d’accepter la doctrine de quiconque. Il est présenté sous la forme « nous » (l’expérience propre des auteurs), il s’accompagne de raisons plutôt que d’un ordre, et il se trouve dans un chapitre dont l’exigence de départ est la bonne volonté et dont le Dieu est la conception propre du lecteur.

Le contexte change-t-il la lecture ?

Cela complique les choses. Citée seule, la phrase peut sonner comme un test de croyance totale qu’un nouveau doit réussir sur-le-champ. À sa place, ce sont d’anciens agnostiques qui décrivent le tournant qu’ils ont atteint, après avoir dit qu’un nouveau peut commencer avec la seule bonne volonté.

Lisez-le vous-même

Sources

Source Pages Première publication
Alcoholics Anonymous, chapitre 4, « Nous, les agnostiques » 44–56 1939

Les numéros de page sont ceux de la quatrième édition (2001), en anglais. La Préface dit que les chapitres du programme sont « restés en grande partie intacts » depuis 1939 (p. xi). Les citations sont de notre traduction.

Recovery Starts est indépendant et n’est pas affilié aux Alcooliques anonymes. Les citations sont brèves et référencées ; le Gros Livre est © A.A. World Services, Inc.

Ces pages répondent à des questions sur les AA à partir de la littérature publiée par les AA eux-mêmes, lue en entier, chaque citation étant vérifiée mot à mot dans la page qu’elle cite. Recovery Starts est indépendant et n’est pas affilié aux Alcooliques anonymes. Ce que nous avons lu, et quand chaque source a été écrite.